En fin de compte, tout ce que j’écris n’est jamais que ça : l’écriture est une activité qui demande du temps et ce temps, mon temps, est rare. Mon temps est réduit par les occupations quotidiennes appartenant à tout un chacun : travail, petite amie, hobbies, sport, séries à lire, à mater, amis, famille, etc. Hors de ces temps, dans leurs interstices, se dissimulent l’écriture, un espace mental difficilement localisable et que l’on ne peut fouler sans préparation. Quelque fois, je souhaiterais écrire, sentir au bout de mes doigts les mots sans corps ni sens à la frappe de la lettre, prenant tout leur sens à la frappe de l’espace, et je ne peux pas. Quelque fois, malgré mon envie, je ne peux pas, rien ne me vient. D’autres fois, une histoire trotte dans ma tête. Des images, quelques mots. Une histoire susceptible d’être suffisamment intéressante pour que je l’écrive, alors j’attends. J’attends que la pression soit suffisante pour que je puisse écrire ce truc sans effort, sans réfléchir, comme grisé, lorsque ivre, sans raisons véritables, nous nous hissons sur les bites et portons un toast aux passants, trinquons à la lune. Aucune raison mais cela sonne juste, est – vrai. Alors j’écris, ivre et, sans m’en rendre compte, il est déjà trop tard : je dois retourner travailler, aller voir un galeriste, des amis, la famille, la fille. Cette histoire est coupée, son énergie dilapidée. Peut-être la retrouverais-je, peut-être pas mais dans le temps qui me séparera d’elle, la vie continuera et cette vie est tout aussi intéressante que cette histoire, fait partie de cette histoire. Aussi dois-je écrire sur cette vie et l’incorporer à cette histoire que je souhaite écrire. Au final, que cela soit vrai ou pas, dans l’espace de l’écriture, toutes ces briques formeront une histoire. Voilà à quoi je pensais lorsque les oiseaux – tout petits, ne dépassant pas la taille de ma paume – vinrent picorer les quelques miettes au bas des tables que des touristes avaient délaissé en quittant cette terrasse où je me trouve.
Les bras en croix, les doigts sur sa cuisse se chevauchant l’un l’autre, les épaules droites, face à moi, La Brunette arborait ses lunettes de soleil carrées, bouche close. Elle regarda les oiseaux picorant et dit : Regarde, t’as vu comme ils sont petits ?! Et il y en a plein ! Ils sont trop mignons.
Je ne pipais mot, ne fis qu’acquiescer avec un uhm-uhm et continuais à réfléchir à cette idée qui me survint concernant mon écriture, cet état que j’avais déjà énoncé dans la lettre accompagnant un roman que j’avais écrit, un état que j’avais déjà décrit dans d’autres textes, d’autres poèmes sans être certain de ce que j’avançais : ce n’était alors que le début d’une piste tracée dans la neige qui très vite allait fondre et me conduire vers un lac où je ne saurai rien faire d’autre que rester sur la berge et voir le vent en rider sa surface. Je n’étais alors pas sûr de ce que je sentais être ma vérité et ne pouvais rien faire à part continuer et écrire.
Du regard, nonchalamment, je suivis le câble électrique remontant des oiseaux jusqu’au toit où un boitier électrique miroitait au soleil. Il faisait beau. Plus que je n’aurais cru cela possible.
J’étais à Göteborg et n’avais jamais imaginé la possible existence d’un soleil dans cette région d’Europe. Naturellement cela est idiot mais, de même que les gens du Nord ont tendance à considérer qu’il fait toujours beau et chaud dans le Sud, moi, issu de ce Sud, je ne pouvais qu’imaginer un paysage de neige, les sols couverts d’une fine pellicule de glace, les nuits noires et silencieuses, les gens enfermés dans les bars, se réchauffant de leurs bières et d’histoires.
De cette région du monde provenaient les Vikings, peut-être y avait-il toujours quelques histoires savantes à leur propos ? Quelque part, au fond d’un pub, il devait bien rester quelques fanatiques de cette période qui ne pouvaient passer leur temps sans mêler la Champions League à Lady Gaga et Thor pêchant Jörmungand et déclenchant ainsi le crépuscule des Dieux.
Cela ne m’aurait pas surpris, après tout, lorsque j’habitais Toulon, la Méditerranée au pas de ma porte, Ryan, un camarade de classe, passait nos soirées à nous conter ses origines bretonnes, son folklore et ses contes, comment le 31 octobre n’était pas accoutré de cicatrices au front, une chouette à l’épaule, Harry Potter tapant aux portes : trick or treat ! mais le torque autour du cou, ils empoignaient leurs chopes de bières et whisky, écoutaient la harpe et le biniou, tapaient au sol leurs bottes boueuses et chantaient le début de cette nouvelle année toujours s’annonçant par l’hiver, lorsque les jours sont nuits, les esprits rodent.
Un tram passa et au sommet d’un immeuble, une horloge indiqua la même heure que je possédais dans ma poche. Il est 14H15, dis-je à La Brunette qui vérifia si sa montre possédait la même heure.
Elle possédait rarement la même heure que moi et le reste du monde : sa montre toujours avançait. C’était une vieille montre toute faite d’or, fine du cadran et du bracelet qui enlaçait son poignet tel un bracelet de roseau. Elle avait appartenu à sa grand-mère et maintenant, toujours se montrait en avance sur le monde. Pour une heure donnée, elle allait jusqu’à deux heures plus tard, si ce n’était plus. Aussi, régulièrement, elle me demandait l’heure pour savoir s’il lui fallait revenir en arrière et se remettre au diapason avec le reste du monde. Cette chose faite, nous restions sur cette terrasse à attendre notre vol.
Cela faisait une semaine que nous étions ici et le soleil avait tant été là que j’étais aussi noir que si j’avais été dans le Sud. Le soleil et le temps, allongés dans les parcs, au bord de mer, au bord de lac, toujours entourés de canards, cygnes et moineaux.
Nous avions dormi chez une amie à La Brunette, baisions les matins lorsque celle-ci partait travailler, prenions le petit déjeuner puis nous baladions toute la sainte journée dans un ciel incertain : il faisait toujours beau mais seulement à partir de 15H. Avant cela, impossible de savoir : le ciel se couvrait de nuages, couche après couche, épaisses ou transparentes, laissant transparaître le bleu du fond mais jamais épuré, toujours strié et ce jusqu’à ce que le vent nappant notre peau de picot digne d’une chaire de poule balaie les stries et laisse le soleil nous chauffer.
Bien sûr cela n’avait pas été quotidien.
Le premier jour où nous arrivâmes, le soleil était présent. Pour quelques heures uniquement. Par la suite, le ciel chargé de nuages épais et noirs, une tempête s’était abattue. Ce qui n’avait été qu’une bruine légère au commencement, très vite, inonda les routes, les égouts refluèrent, les arbres chargés d’eau courbèrent leurs branches et nos pieds se trouvèrent lester à partir des genoux.
Je n’avais plus vu de telle tempête depuis mon adolescence. Lorsque j’habitais Aubagne – le pays de Pagnol – il pleuvait rarement. Dans ce paysage de rocaille, la sècheresse était monnaie courante. Mais, quelque fois, une fois l’an, pendant trois 4 jours, la pluie toujours tombait. Il était dès lors impossible de mettre un pied dehors, le vent nous emportait, nos vêtements imbibés doublaient le poids de notre corps. Je restais alors derrière les fenêtres de mon salon et saluais les courageux bravant la tempête, leur parapluie plié, retourné, ne les protégeant de rien, emportant leur pas trop lourds dans le sens du vent.
Et, en ce premier jour, sous un abribus, je faisais maintenant partie des courageux, ou imbéciles, bravant la tempête.
Un tram passa. Nous nous jetâmes à l’intérieur pour nous mettre au sec et nous rapprocher du lieu où nous dormions.
Les vêtements trempés, les gouttes d’eau s’écoulant de nos cheveux, nous attendions que le tram reparte.
5 minutes. 10 minutes. 20 minutes. Et le tram ne bougeait toujours pas. C’est alors que le chauffeur nous prévint qu’à cause de la pluie, les rails ensevelis par l’eau, le tram ne partirait pas.
La pluie toujours tombait. Voilà comment dans son pays Thor nous accueille, pensais-je lorsqu’un bus passa. Vite, en courant, nous l’attrapions et, à chaque virage l’eau s’engouffrant dans le bus, retrouvions notre home sweet home.
L’accueil passé, le soleil revint.
Ainsi avait-il été là lorsque nous parcourions les îles. Plutôt l’île où nul vent ni nuage ne nous refroidirent, passions l’après-midi à manger, bronzer et se caresser - ma main dans ses cheveux noirs, quelques cheveux blancs entre mes doigts, je suivais de ma main la courbe de son visage, suivais le dessin de ses lèvres, descendais à ses seins, l’embrassais, couvrais son corps de baisers et ce jusqu’à son pubis…
Le soleil était là, était haut et, coupé du monde, je ne me souciais de mon arrêt maladie.
Pour venir ici, j’avais dû remettre un certificat médical proclamant sur l’honneur que, en raison de douleurs lombaires, je n’étais plus capable de travailler. Cela était faux mais était le seul moyen pour venir car, bien qu’ayant droit à des jours de congés, mon patron toujours aussi compréhensif ne daigna me répondre lorsque, un mois et demi plus tôt, je lui remis ma demande de congés.
Debout face à lui, lui tendant ma feuille, lui demandant de me concéder ces jours auxquels j’avais droit, il ne me jeta un regard et d’entre ses dents émit un « Je verrai ça ».
Les jours passèrent, Ryanair augmentaient ses tarifs de vol et toujours aucune réponse du directeur. La semaine passée, Au diable le directeur, je remettrai un certif et basta.
Deux semaines plus tard, j’apprendrais qu’il aurait finalement accepté mais, pure mesquinerie de ma part envers cet être abject qui pourrissait ma vie depuis plus de deux ans, m’avait obligé à réduire toujours plus mon temps en augmentant mon temps de travail dans son entreprise, modifiant sans cesse mon planning hebdomadaire, je décidais tout de même de remettre ce foutu certif.
Pour l’obtenir, je retournais voir un médecin qui, un an auparavant, m’avait diagnostiqué un burn out. Je pris rendez-vous avec lui deux jours avant mon vol.
Mon rendez-vous était à 14H. A 14h15, il n’était toujours pas à son cabinet. Je le rappelais et à 30, arriva, titubant, son poids porté par une jambe, l’autre trainant encore dans le bar où il devait être. Pourtant il ne sentait pas l’alcool mais ses réflexes alourdis, sa peine à déplacer ses feuillets et à agiter son stylo ne m’amenait qu’à le considérer avec un verre dans le gosier.
Cela m’était égal, j’avais mon certif et m’en allais pour Göteborg.
Là, je cuisinais ma ratatouille.
Un soir, le soir après être revenu de l’île, trois courgettes trois poivrons – un de chaque couleur – deux aubergines quatre oignons six gousses d’ail neuf tomates sel poivre huile d’olive laurier thym romarin et du temps. Beaucoup de temps. Laisser mijoter les légumes. Tranquillement. A feu doux. Ne pas les brusquer. Laisser leurs arômes se libérer, se mêler les unes les autres et ainsi nous régaler de cette ratatouille.
Une bouteille de vin rouge, du pain et notre hôte nous raconta son premier baisé avec l’homme de sa vie. Cela s’était déroulé il y a bientôt un an. C’était la troisième fois qu’ils se voyaient et déjà à la seconde, elle lui avait intimé son désir de n’être que son ami. Elle ne voulait nullement d’une relation avec un homme de Göteborg alors qu’elle, Liégeoise d’origine, n’était venue ici que pour un simple stage de six mois.
Le garçon était ok et, en toute amitié, lui proposa une ballade sur l’une des îles de Göteborg.
Elle accepta et ainsi passèrent la journée à marcher sur ce bout de terre verdit émergeant de la mer du Nord. Ils marchèrent et marchèrent, se racontèrent tout et n’importe quoi et, au détour d’une butte, tombèrent sur un lieu enchanteur : au bord d’une falaise, une clairière donnait sur la mer. Un banc avait été installé et au coucher du soleil, il lui dit : « Faisons en sorte que ce jour reste un bon souvenir », et l’embrassa. Leur premier baisé. Au soleil couchant. Dans un cadre idyllique. Bien loin de notre première fois à La Brunette et moi.
Comment ça ? demanda notre hôte.
Nous étions ivres. Et avant ça, nous avions passé toute la soirée à nous engueuler. Tu te souviens pourquoi on s’engueulait ? demandais-je à La Brunette.
Oui, à cause de tes poèmes.
On s’engueulait à cause des critiques qu’elle avait formulées envers mes poèmes.
Il m’avait passé un recueil de textes que je trouvais franchement mauvais, alors que plus tard, il m’en fit lire d’autres qui étaient nettement supérieurs, vraiment bons.
Vraiment bons… peut-être qu’un jour je lui dirai que je ne saurais jamais réécrire ses poèmes qu’elle considère être vraiment bons car, de même qu’on ne pourra jamais se baigner deux fois dans la même rivière, l’état d’esprit dans lequel j’écris un poème n’est jamais le même et, les années passant, je regarde avec toujours plus d’étrangeté ces poèmes qu’un autre moi écrivit…
Le lendemain, nous parcourions la ville, traversions Haga, le marché aux poissons, les rues commerçantes, la place de la mairie.
Un groupe de musique la cinquantaine chevrotante jouait de vieux morceaux de jazz italien. Maladroitement. Comme si leurs membres, leurs oreilles n’étaient plus sûrs de savoir ce qu’ils étaient censés jouer.
Autour du groupe, un marché. Un marché européen. Chaque stand représentait un pays de l’union européenne. En Angleterre, nous achetions des fudges – ceux au Jack Daniel, au Baileys et au rhum, succulents. Et en Allemagne, nous prîmes des bretzels. Enfin, de vrais bretzels. La Brunette ne connaissait pas les vrais bretzels, non ces biscuits secs et salés qui se brisent sous nos dents à l’heure de l’apéritif mais cette brioche moelleuse aux gros éclats de sel, au goût si délicieux qu’on ne peut s’empêcher de vouloir boire une bière, ce que nous fîmes. Dans un parc, sur l’herbe tendre, des bières, des bretzels et le ciel qui semblait infini.
Ce ciel semblait infini et ne se présentait jamais à nous de la même façon.
Le soir, il était de feux. L’orange du coucher brûlait la nuit qui s’approchait. La journée, ses nuances de gris et de bleus se laissaient caresser par les raies de lumière qui semblaient avoir été disposés là volontairement mais un peintre serait parvenu difficilement à capturer cette lumière et ce même lorsque le ciel se doublait. Quelque fois, un jour où nous allâmes à un lac, le ciel s’était dédoublé.
Le lac se trouvait au cœur d’une forêt. Pour le trouver, il nous fallait suivre un sentier. Au bout de ce sentier, dans l’écrin que formait la forêt, un lac limpide s’offrait à notre regard et rendait ce que le ciel lui présentait. Alors il n’y avait plus de lac ni de ciel. Seule la présence des arbres nous indiquait où était le ciel et où était la terre.
Le vent ne soufflait pas, aucunes rides pour marquer le temps qui s’écoulait, dans l’herbe, sous les arbres accueillant à leurs pieds les canards et les cygnes noirs, nous restions là.
Assis l’un à côté de l’autre, je regardais La Brunette et repensais à notre séjour. En réalité, je ne pensais pas tant à notre séjour qu’au fait que j’avais pu vivre ce séjour avec elle. Je n’avais jusqu’alors nullement pu vivre un voyage avec quelqu’un. Budapest, Amsterdam, Dublin… avaient été des destinations que j’aurai voulu partager avec quelqu’un mais j’avais dû me résoudre à partir seul. Et même si cela aurait pu être faisable, cela aurait été impossible car les filles de mon passé n’étaient pas La Brunette. Avec elle, j’avais pu partir et partager autant de ballades que de musées et de bières. Par le passé, j’avais dû me résigner à l’une de ces trois choses.
Avec L’Allemande, celle que j’avais cru être LA fille, nos ballades se jonchaient de bières et de vins. Cela était agréable mais dès que l’on passait par la case musée, devenait horrible.
Un jour où je vins lui rendre visite à Hamburg, nous allâmes à la Kunsthalle et là, face à un tableau du XIXème, une foutue allégorie de l’Aurore, nous nous engueulions : pour elle, ce tableau était stupide car faux : il y avait un soleil à gauche du tableau alors que le soleil se lève à l’Est, et ces étoiles, quelles étaient-elles ? Impossible d’avoir des étoiles et des bonnes femmes dans le ciel lorsque le jour se pointe. Impossible. Mais, essayais-je d’argumenter, ce n’est qu’une foutue allégorie ?! Une représentation romantique du monde ! Ce n’est pas fait pour être vrai, c’est juste là pour décorer les chambres et les gogues !
A un tel argument, L’Allemande ne riposta qu’un Et alors ? C’est quand même faux.
Je mordis ma chique et passais le reste de la visite à me demander ce que je foutais avec elle…
Mais au bord de ce lac, La Brunette recroquevillée, réchauffant ses mains avec ses cuisses, je la regardais dormir. Ses cheveux chutaient sur notre plaid, seule une mèche enroulée autour de son oreille retombait sur son visage. Délicatement, je m’en saisis, suivis le dessin de son oreille et la redéposai du côté de la chute. Je remontai le courant, passai de sa joue à sa chute, de sa chute à sa joue, une bise, et me redressai.
Les nuages de la matinée étaient passés, le ciel s’était dédoublé et je regardais une famille de japonais venu profiter tout comme nous de ces cieux. Le père, en slip de bain, campé sur ses jambes, les poings sur ses hanches auscultait l’horizon. La mère, couverte de pieds en cap, restait sous un arbre. Elle ne faisait rien. Elle restait dans l’ombre de l’arbre et, quelques fois, prenait des photos de ses hommes, revoyait les photos passés de leur séjour. Et le garçon, en short et T-shirt, jouait avec un bâton. C’était un grand bâton. Il mesurait de ses pieds à ses épaules. Ce devait être un grand bâton, pour lui. Il agrippait son bâton comme une épée et fouettait le vent. Une passe, une estocade, il saluait. Quelques moulinets et il terrassait l’air. Son ennemi vaincu, il dressa son épée vers le ciel. De sa pointe, il cherchait son prochain adversaire, et, après quelques minutes concentrées, il plongea sa lame dans l’eau du lac. Un grand éclat jaillit du cœur du lac. La gerbe s’abattit de tous côtés mais jamais ne rencontra la main de son assassin. L’eau vidée, le lac cessa ses spasmes, les premiers remous n’étaient déjà plus qu’ondes. Quelques ondes continuèrent à se répandre autour de l’épée, figée. Les ondes passées, le garçon extirpa sa lame du fond du lac, la redressa bien droite face à l’horizon. Alors des gouttes tombèrent de l’épée. Les gouttes s’échouèrent et, à la surface du lac, se figèrent. Elles ne se laissèrent pas absorber, elles restèrent émergeantes. Dans les couleurs des cieux, prenant les couleurs de l’herbe, elles détonnèrent. Des îles d’herbes se mirent à flotter. Un archipel apparut. Des canards s’approchèrent, commencèrent à nager autour des îles. Certains grimpèrent sur ces nouvelles terres, se mirent à brouter l’herbe jeune. Alors Le petit garçon regarda son œuvre et, d’un grand geste, renfloua ce qui venait tout juste d’être.
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