mardi 8 novembre 2011

JE ME VERRAIS BIEN VIEUX




Je me verrais bien vieux.
Sortir le dimanche en charentaise
sur le perron de ma villa
ramasser les feuilles mortes avant le gel
avec une balayette que j’aurai achetée
spécialement pour l’automne.
Pour l’hiver, la pelle est prête.
Elle patiente dans le garage avec le sel.
Dans mon salon, au chaud,
je resterai dans mon canapé, Drucker pour seul compagnie
et un verre de whisky portant mon âge.

Rangés dans des caisses en carton, mes vieux T-shirt non lavés conserveront
la sueur des caves et les taches de bières des pogos
les slams des chanteurs ivres.

L’art couvrira mes murs, et je ne saurai plus voir
Joyce jacassant ses Finnegans
ni ne saurai dire comment un jour j’avais pu l’apprécier.
Je me morfondrai sur cette perte consciencieusement rangée
dans une pièce où je ne vais plus
depuis que mes jambes me vertigent
cela n’a plus d’importance.
Dans mon canapé, Drucker pour seul compagnie
la couverture me réchaufferait et le whisky me dirait :
Quelle belle vie j’ai eu !

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